L'ÉLOGE DE L'OMBRE : LE JAPON DE JUNICHIRO TANIZAKI

L’ÉLOGE DE L’OMBRE : DÉCOUVRIR LE BEAU À TRAVERS L’OMBRE

Dans nos vies contemporaines nous cherchons à faire entrer la lumière naturelle dans nos intérieurs, et lorsque ce n'est pas possible, la lumière artificielle pallie au manque. Au Japon l’architecture traditionnelle est le total opposé de cette conception, sans doute une raison pour laquelle ces préceptes nous fascinent autant.

Il s‘agira avant tout de bloquer la lumière naturelle, au moyen de profonds auvents, vérandas, et de shōji, les cloisons coulissantes traditionnelles recouvertes de papier washi. La lumière pénétrant dans la pièce n’est donc plus qu’indirecte, diffuse, atténuée, précaire, transformée par les “obstacles” qu’elle aura rencontrés sur son chemin.

Le phénomène est accentué par les murs, faits de terres et peints de couleurs neutres pour que la lumière ne s’y réfléchisse pas. Ces mystères de l’ombre apportent une qualité méditative à l’environnement, “nous éprouvons le sentiment que l’air, à ces endroits-là, renferme une épaisseur de silence, qu’une sérénité éternellement inaltérable règne sur cette obscurité”.

En plus de (re)lire l’incontournable “Éloge de l’Ombre”, un très intéressant reportage est disponible (en anglais/japonais sous-titré en français) sur le site de la NHK World. Il fait notamment des parallèles passionnants entre le livre de Tanizaki et l’architecture contemporaine (avec une interview de Tadao Ando), tout en rappelant les principes énoncés par l’auteur (reportage à retrouver ici)

L’ÉLOGE DE L’OMBRE : TISSER SUR LA TRAME DE LA NUIT

Certains des plus beaux passages du livre sont ceux dédiés à l’impact de ces jeux d’ombre et de lumière sur les objets en laque urushi peints à la poudre d’or makie. Le rutilant n'est pas l'effet recherché de manière immédiate, mais au contraire l’idée que “l’obscurité est la condition indispensable pour apprécier la beauté d’un laque”, grâce aux reflets profonds, “tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d’or”. L’objet doit garder une part de mystère, qui ira jusqu’aux aliments qu’il contiendra, par exemple une soupe miso, qui ne se découvrira pas entièrement du premier coup d’oeil comme elle pourrait l’être dans une céramique.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la découverte de la laque urushi japonaise et l’appréciation qu’en fait Junichirō Tanizaki, vous pouvez également lire l’article que nous avions écrit sur le sujet (à retrouver ici).

Toutes les photos : ©Atelier Ikiwa

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