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Article: La vallée de Kiso, au cœur des forêts et de l'artisanat du bois japonais

La vallée de Kiso, au cœur des forêts et de l'artisanat du bois japonais

La vallée de Kiso, au cœur des forêts et de l'artisanat du bois japonais

Au centre du Japon, dans les montagnes de la préfecture de Nagano, la vallée de Kiso s'étend le long de la rivière du même nom, entre les Alpes japonaises centrales et les reliefs du mont Ontake. Ses paysages sont dominés par de vastes forêts dont les ressources ont profondément marqué l'histoire et la culture de la région.

Réputée depuis des siècles pour la qualité de ses bois, la vallée a fourni des matériaux destinés à la construction de sanctuaires, de temples et de résidences, tout en développant de remarquables traditions artisanales. Du travail du bois massif aux objets en laque urushi, Kiso possède un patrimoine d'une grande richesse, que l'on découvre aussi en parcourant les anciens villages du Nakasendō, cette route historique qui traversait autrefois les montagnes du Japon.

Les forêts de Kiso, un patrimoine exceptionnel

Au Japon le bois occupe une place essentielle dans l'architecture, les arts et la vie quotidienne. Il est depuis des siècles le matériau privilégié des charpentiers, des menuisiers et de nombreux artisans, qui ont développé une connaissance remarquable des essences et de leurs propriétés. Dans la vallée de Kiso cette relation au bois prend une dimension particulière tant les forêts ont contribué à la prospérité de la région et à la transmission de ses savoir-faire.

Parmi les essences les plus emblématiques figurent le hinoki, ou cyprès japonais, et le sugi, le cèdre du Japon. Le premier, réputé pour son parfum délicat, la finesse de son grain et son exceptionnelle durabilité, est depuis longtemps recherché pour la construction des sanctuaires et des temples. On le retrouve également dans les bains traditionnels, les aménagements intérieurs et de nombreux objets artisanaux. Le second, plus léger et facile à travailler, accompagne depuis des siècles la vie domestique japonaise, des maisons en bois aux boîtes, récipients et ustensiles du quotidien. Deux essences aux qualités différentes, dont les usages témoignent de la place considérable du bois dans la culture matérielle japonaise, mais qui ont en commun de sentir divinement bon et d'inspirer de plus en plus les parfumeurs.

La richesse forestière de Kiso a longtemps constitué un enjeu économique et politique majeur. À l'époque d'Edo (1603 à 1868), les forêts de la région étaient placées sous l'autorité du domaine d'Owari, gouverné par une branche de la famille Tokugawa. Après plusieurs décennies d'exploitation intensive des mesures de protection particulièrement strictes furent instaurées au XVIIe siècle. L'abattage de cinq essences précieuses, parmi lesquelles le hinoki, fut sévèrement réglementé. Cette politique forestière a contribué à préserver une partie des peuplements anciens qui font aujourd'hui la réputation de Kiso.

Le lien entre les forêts de Kiso et l'architecture sacrée japonaise est particulièrement remarquable. Le grand sanctuaire d'Ise, Ise Jingū, dans la préfecture de Mie, est reconstruit selon un cycle de vingt ans, lors d'une cérémonie appelée Shikinen Sengū. Cette tradition dont les origines remontent au VIIe siècle mobilise des savoir-faire de charpenterie transmis depuis des générations.

Le hinoki de Kiso occupe une place historique importante dans cet approvisionnement. Lorsque les forêts proches d'Ise ne suffirent plus à fournir les bois nécessaires, les grands cyprès de Kiso devinrent une ressource essentielle pour les reconstructions. Aujourd'hui encore la région participe à la fourniture de bois destiné à ce chantier exceptionnel, parallèlement aux efforts entrepris pour reconstituer les ressources forestières du sanctuaire lui-même.

Le travail du bois, des maisons aux objets du quotidien

Dans la vallée de Kiso l'abondance des ressources forestières a favorisé le développement de métiers liés à la construction et à la fabrication d'objets domestiques. Charpentes, menuiseries, portes coulissantes, mobilier et coffres témoignent de l'importance du bois dans l'habitat traditionnel japonais.

Les artisans de la région fabriquent également une grande variété d'objets de petites dimensions : bols, plateaux, boîtes, coupes, récipients alimentaires ou ustensiles pour la cérémonie du thé. Leur fabrication repose sur plusieurs techniques qui exploitent les qualités propres à chaque essence.

Le tournage sur bois, appelé rokuro zaiku, constitue l'une des traditions de la région. À l'aide d'un tour, l'artisan façonne une pièce de bois massif pour obtenir des formes circulaires en maîtrisant progressivement son épaisseur et ses proportions. Cette technique est notamment utilisée pour les bols, les coupes et certains plateaux. Elle fait appel à différentes essences, parmi lesquelles le tochi, le keyaki et le katsura, choisies pour leurs propriétés mécaniques et la beauté de leur grain.

Une autre technique, le magemono, consiste à courber de fines bandes de bois, généralement après les avoir assouplies par la chaleur, pour former les parois de récipients cylindriques ou ovales. Les extrémités sont ensuite assemblées et maintenues, traditionnellement à l'aide de liens ou de coutures réalisés avec des matériaux végétaux. Ce procédé permet de fabriquer des boîtes et des contenants particulièrement légers, dont les formes épurées mettent en valeur la matière naturelle.

La menuiserie traditionnelle fait quant à elle appel à des techniques de découpe, de rabotage et d'assemblage d'une grande précision. Dans la fabrication des boîtes et des coffrets le choix du bois, l'orientation des fibres et la qualité des ajustements jouent un rôle essentiel, aussi bien pour la solidité de l'objet que pour son aspect final.

Certains objets conservent le bois dans son état naturel, simplement raboté ou poli, tandis que d'autres reçoivent une finition protectrice. Parmi celles-ci la laque urushi occupe une place particulièrement importante dans l'histoire artisanale de Kiso.

Les laques de Kiso, un artisanat aux multiples expressions

La vallée de Kiso a une importante tradition de laque connue sous le nom de Kiso shikki. Son développement est étroitement lié à la présence de ressources forestières abondantes qui ont favorisé la fabrication de supports en bois destinés à être laqués. La circulation des voyageurs et des marchandises sur le Nakasendō a également contribué à la diffusion de ces objets bien au-delà de la région.

Les artisans fabriquent depuis plusieurs siècles des bols, des plateaux, des boîtes et des récipients destinés à la vie quotidienne. Cette production accorde une grande importance à la solidité des objets et à leur résistance à un usage répété. Les laques de Kiso ont obtenu en 1975 la désignation officielle d'artisanat traditionnel japonais.

La laque urushi est une résine naturelle extraite de l'arbre à laque, Toxicodendron vernicifluum. Appliquée en couches successives sur un support soigneusement préparé elle forme après durcissement un revêtement protecteur, résistant à l'eau et à l'usure. Sa mise en œuvre exige une grande maîtrise technique, chaque couche devant durcir dans des conditions adaptées de température et d'humidité avant les étapes suivantes.

L'une des particularités de Kiso réside dans la diversité des finitions développées par les artisans. Trois techniques sont particulièrement représentatives de cette tradition.

Le Kiso Shunkei privilégie la beauté naturelle du bois. Après la préparation du support, des applications de laque permettent d'obtenir une finition translucide qui laisse apparaître le veinage et les nuances de la matière. Cette technique, particulièrement adaptée aux bois dont le grain est régulier, donne naissance à des objets dont la simplicité apparente repose sur une exécution minutieuse.

Le Kiso Tsuishu, également appelé Kiso Kawari-nuri, repose sur un procédé différent. Les artisans préparent d'abord une sous-couche résistante, notamment à partir de laque brute mélangée à une terre locale riche en fer, appelée sabi-tsuchi. Plusieurs couches de laque colorée sont ensuite appliquées selon des procédés spécifiques. Le ponçage et le polissage font progressivement apparaître les différentes couleurs et les motifs créés par leur superposition. Contrairement au tsuishu sculpté, cette technique de Kiso doit son aspect caractéristique au travail des couches de laque et de leur surface.

Enfin le Nuriwake Roiro-nuri consiste à appliquer différentes couleurs de laque sur des zones distinctes d'un même objet. Un polissage particulièrement soigné permet ensuite d'obtenir une surface lisse et brillante, dont les contrastes colorés soulignent les formes.

À ces techniques s'ajoutent d'autres finitions, comme le suri-urushi, qui consiste à faire pénétrer de fines couches de laque dans le bois tout en conservant son grain visible, ou le tame-nuri, caractérisé par une laque translucide appliquée sur un fond coloré.

Cette diversité explique la variété des objets issus des ateliers de Kiso. Certains conservent l'aspect naturel du bois, d'autres jouent sur la profondeur des couleurs ou sur la brillance des surfaces. Tous reposent sur une succession d'opérations qui associent le travail du bois, la préparation des supports, l'application de la laque et le polissage.

Le Nakasendō, à la découverte des villages de Kiso

La vallée de Kiso est traversée par le Nakasendō, l'une des cinq grandes routes aménagées pendant l'époque d'Edo pour relier la capitale shogunale aux différentes provinces du Japon. Cet itinéraire de plus de 500 kilomètres reliait Edo, l'actuelle Tokyo, à Kyōto, en passant par les montagnes du centre du pays. Tout au long de la route des villages-étapes accueillaient les voyageurs, les marchands et les samouraïs, avec leurs auberges, leurs commerces et leurs maisons de thé.

Aujourd'hui le Nakasendō attire de nombreux voyageurs qui souhaitent découvrir un Japon plus rural, à distance des grandes villes et des circuits touristiques habituels. Certaines portions de l'ancienne route se prêtent particulièrement bien à la randonnée avec de magnifiques chemins qui traversent les forêts et les petits villages. La marche entre Magome et Tsumago, longue d'environ huit kilomètres, est sans doute la plus connue. Elle demande généralement entre deux heures et demie et trois heures, sans difficulté majeure pour les marcheurs habitués.

Pour découvrir la vallée je recommande de louer une voiture, qui offre une grande liberté pour explorer les environs et s'arrêter au gré de ses envies. Il est néanmoins tout à fait possible de voyager en transports en commun, grâce aux trains et aux bus qui desservent les principales localités de la région.

Lors de mon dernier voyage au Japon j'ai particulièrement aimé deux villages, Narai-juku et Tsumago-juku. Tous deux ont conservé une grande partie de leur architecture traditionnelle, mais leurs atmosphères sont assez différentes.

Situé dans la partie nord de la vallée, Narai-juku a été mon véritable coup de cœur. Ce village, autrefois l'une des étapes les plus prospères du Nakasendō, s'étire sur près d'un kilomètre, le long d'une rue bordée de maisons traditionnelles en bois. L'ensemble est remarquablement préservé, avec ses façades anciennes, ses toitures, ses échoppes et, tout autour, les hautes collines couvertes de forêts. La beauté de cette architecture et l'harmonie du village avec son environnement m'ont particulièrement touchée.

J'ai choisi d'y passer la nuit et c'est une expérience que je recommande vivement. En fin de journée, lorsque les visiteurs repartent et que les boutiques ferment, Narai-juku retrouve son calme. Le lendemain matin le village était encore presque endormi. Les rues étaient désertes, les commerces fermés et quelques habitants commençaient tranquillement leur journée. J'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir cette longue rue, à observer les maisons et leurs détails architecturaux, avec les collines boisées en arrière-plan. C'est à ces heures-là que l'on apprécie pleinement la beauté de Narai-juku, qui reste, malgré sa popularité touristique, un véritable lieu de vie.

Plus au sud Tsumago-juku offre une autre expérience. Le village a bénéficié dès les années 1960 d'un important mouvement de sauvegarde de son patrimoine architectural, à une époque où de nombreux quartiers anciens disparaissaient ailleurs au Japon. Ses maisons en bois sombre, ses ruelles et ses bâtiments traditionnels ont été soigneusement conservés. Plus petit et plus resserré que Narai-juku, Tsumago possède une atmosphère particulièrement agréable, dans un paysage de montagnes boisées.

J'ai également visité Magome-juku, autre étape célèbre du Nakasendō, mais j'ai été moins séduite par ce village, que j'ai trouvé beaucoup trop fréquenté. Narai-juku et Tsumago-juku ne sont évidemment plus des destinations confidentielles, mais il est encore possible d'y profiter de très beaux moments de tranquillité.

Mon conseil est donc d'arriver tôt le matin, avant les premiers groupes de touristes, ou, mieux encore, de prévoir une nuit sur place. Le soir et au petit matin, lorsque les rues retrouvent leur calme, ces villages prennent une tout autre dimension. On peut alors apprécier pleinement leur architecture, leur environnement naturel et cette présence si particulière du bois, qui accompagne l'histoire de la vallée de Kiso depuis des siècles.

Prolonger la découverte sur Atelier Ikiwa

La vallée de Kiso conserve aujourd'hui un patrimoine artisanal d'une grande richesse, où le travail du bois et de la laque continue d'occuper une place essentielle. Pour prolonger cette découverte, je vous invite à explorer la collection d'objets en bois japonais et coréens d'Atelier Ikiwa, qui comprend notamment une sélection de boîtes en bois et en laque provenant directement de la vallée de Kiso.

Sources et références

- Agence forestière japonaise (Forestry Agency), ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche.
- Ise Jingū, site officiel du grand sanctuaire d’Ise.
- Association pour la promotion des industries artisanales traditionnelles du Japon (Densan Association).
- Traditional Crafts Aoyama Square.
- KOGEI JAPAN.
- Office national du tourisme japonais (JNTO).
- Office du tourisme de Shiojiri.

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