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Article: Les Boîtes Japonaises en Laque : Objets d'Art et de Tradition

Les Boîtes Japonaises en Laque : Objets d'Art et de Tradition

Les Boîtes Japonaises en Laque : Objets d'Art et de Tradition

Suzuribako pour les instruments d’écriture, tebako pour les effets personnels, kōgō pour l’encens, natsume pour le thé en poudre, ryōshibako pour le papier… La langue japonaise possède un vocabulaire particulièrement riche pour désigner les boîtes, souvent nommées moins d’après leur forme que d’après leur usage.

Certaines sont minuscules et tiennent au creux de la main ; d’autres atteignent les dimensions d’un petit coffre. Certaines appartiennent au quotidien, d’autres à l’univers très codifié de la cérémonie du thé, de l’écriture ou de l’encens. À travers les siècles, les plus précieuses ont aussi offert aux maîtres laqueurs un support privilégié pour déployer leur art.

Car au Japon la boîte peut être beaucoup plus qu’un simple contenant. Sa fonction détermine sa construction, ses proportions et son aménagement intérieur ; son décor peut se poursuivre d’une face à l’autre, se révéler seulement à l’ouverture ou faire référence à une saison, un poème, un récit classique. L’objet destiné à protéger devient alors lui même objet précieux.

De l’objet utile à l’objet précieux

L’usage de la laque urushi au Japon est extrêmement ancien. Mais l’histoire des boîtes en laque ne peut se résumer à une évolution linéaire au cours de laquelle un simple objet utilitaire serait progressivement devenu décoratif.

Dès l’époque de Heian (794 à 1185), des coffrets laqués d’une grande sophistication sont associés à des usages religieux, aristocratiques ou lettrés. Une exceptionnelle boîte en maki-e réalisée au Xe siècle, aujourd’hui classée Trésor national au Japon, fut ainsi conçue pour conserver des textes bouddhiques rapportés de Chine par le moine Kūkai.

Les tebako, boîtes destinées notamment aux effets personnels et aux cosmétiques, occupent également une place ancienne dans cet univers. Certains exemplaires médiévaux comptent aujourd’hui parmi les chefs d’œuvre de la laque japonaise. Les ensembles richement décorés pouvaient appartenir au mobilier des élites ou être offerts aux sanctuaires.

Au fil des siècles, les usages se multiplient et se spécialisent. À la cour et dans les résidences des guerriers, puis au sein d’une société urbaine prospère à l’époque d’Edo (1603 à 1868), boîtes d’écriture, boîtes à documents, nécessaires personnels, contenants pour le thé ou l’encens deviennent autant de terrains d’expression pour les laqueurs.

La boîte accompagne ainsi une grande partie de l’histoire des arts décoratifs japonais.

La laque urushi, matière de protection et de décor

La plupart des boîtes japonaises en laque sont construites sur une âme de bois, parfois renforcée de textile, sur laquelle sont appliquées successivement de nombreuses préparations et couches de laque urushi. Celles ci doivent sécher et durcir dans des conditions précises d’humidité avant d’être polies et recouvertes à nouveau.

Ce lent processus produit une surface résistante, mais aussi une matière d’une profondeur très particulière. Un noir urushi parfaitement poli ne constitue pas seulement le fond du décor : sa densité, sa lumière et son toucher participent pleinement à l’objet. Sur cette surface peuvent ensuite intervenir de nombreuses techniques décoratives.

Le maki-e, littéralement « image saupoudrée », utilise des poudres métalliques, principalement d’or et d’argent, déposées sur la laque encore fraîche. Selon les procédés employés le décor peut rester presque au niveau de la surface, apparaître en relief ou sembler émerger sous des couches de laque polies.

Le nashiji crée quant à lui un fond scintillant grâce à de fines particules d'or visibles sous une couche translucide de laque. Très fréquemment employé à l’intérieur des boîtes précieuses, il transforme parfois l’ouverture d’un couvercle en véritable surprise visuelle.

Le raden, technique d’incrustation de nacre, permet d’introduire des éclats irisés dans la composition. Métaux, feuilles d’or, laques colorées et autres matériaux peuvent également intervenir.

La structure même d’une boîte offre au laqueur une liberté que ne permettent pas tous les objets. Le décor peut recouvrir le couvercle, descendre sur ses côtés, se prolonger sur le corps puis changer entièrement de registre à l’intérieur. Ouvrir une boîte peut ainsi faire partie de sa lecture.

La boîte comme espace de décor

C’est probablement l’une des particularités les plus fascinantes des boîtes japonaises en laque : elles possèdent un extérieur et un intérieur, mais aussi un temps fermé et un temps ouvert, le premier regard ne donne donc pas nécessairement accès à l’ensemble du décor.

Sur un suzuribako par exemple un paysage peut occuper le dessus du couvercle tandis qu’une seconde scène apparaît à l’intérieur. Sur certaines œuvres, les motifs entretiennent entre eux un rapport poétique ou littéraire. Les décors peuvent évoquer le Dit du Genji, les Contes d’Ise, une poésie ancienne, un lieu célèbre ou simplement le passage d’une saison.

La boîte devient alors un petit espace narratif. Sa manipulation révèle progressivement l’œuvre.

Cette relation entre fonction, construction et décor explique en partie pourquoi tant de maîtres de la laque ont consacré une part importante de leur travail à ces objets. Les suzuribako, notamment, ont donné lieu à certaines des créations les plus ambitieuses du maki-e japonais.

Suzuribako : la boîte d’écriture

Le suzuribako est conçu pour réunir les instruments nécessaires à l’écriture et à la calligraphie. Son élément central est la suzuri, la pierre à encre sur laquelle le bâton d’encre est frotté avec un peu d’eau. Elle est généralement accompagnée d’un suiteki, petit compte gouttes destiné à l’eau, ainsi que d’emplacements ou de compartiments pour les pinceaux et autres accessoires.

Des boîtes d’écriture en bois sont attestées au Japon au moins depuis les IXe et Xe siècles. Leur construction évolue ensuite et, à l’époque d’Edo, le suzuribako devient l’un des supports majeurs de la création en laque.

Les grands ateliers et lignées de laqueurs y déploient des compositions extrêmement élaborées. Maki-e d’or et d’argent, nashiji, raden, incrustations métalliques et jeux de relief permettent de transformer un objet fonctionnel en œuvre à part entière.

L’extérieur n’est d’ailleurs qu’une partie de l’objet : sur les plus beaux suzuribako, l’intérieur du couvercle, le fond et parfois les différents éléments du nécessaire participent à une composition pensée dans son ensemble.

Tebako : conserver les effets personnels

Le terme tebako désigne historiquement une boîte destinée à conserver différents effets personnels, notamment des accessoires de toilette et des cosmétiques.

Son histoire est ancienne. Des tebako richement décorés étaient utilisés dans les milieux aristocratiques et certains furent réalisés comme offrandes destinées aux divinités des sanctuaires. Un tebako du XIIIe siècle conservé au Musée national de Tokyo, décoré de roues de char dans un cours d’eau en incrustations de nacre, est aujourd’hui classé Trésor national.

La fonction du tebako a cependant varié selon les périodes et les contextes. Le terme ne décrit donc pas une forme absolument immuable. Il désigne plutôt une famille de boîtes personnelles dont les dimensions, l’organisation intérieure et le degré de sophistication peuvent considérablement varier.

Les exemplaires les plus précieux montrent à quel point un objet intime pouvait devenir un terrain d’expression pour les arts de la laque.

Ryōshibako et fubako : papiers, documents et correspondance

L’importance accordée à l’écriture a naturellement produit ses propres contenants.

Le ryōshibako est destiné à conserver le papier et les documents. Généralement plus profond et plus grand qu’un suzuribako, il peut former avec celui ci un ensemble coordonné. Des exemples particulièrement raffinés associent les deux boîtes dans un même programme décoratif.

Le fubako est lié à la correspondance et aux documents. Sa silhouette traditionnellement allongée répond directement à ce qu’il doit contenir.

Ici encore, la fonction n’empêche nullement la sophistication. Les boîtes à documents en laque peuvent recevoir des décors de maki-e extrêmement élaborés, inspirés de paysages, de motifs saisonniers ou de la littérature classique.

Le contenu et son contenant appartiennent alors au même univers cultivé : celui du papier, de l’écriture et de la poésie.

Kōgō : la petite boîte à encens

À une tout autre échelle, le kōgō est une petite boîte destinée à contenir l’encens. Il occupe une place particulière parmi les ustensiles du chanoyu, la cérémonie japonaise du thé. Présenté aux invités et destiné à être observé, il peut être réalisé en laque mais aussi en céramique et dans d’autres matériaux.

Son histoire révèle également la capacité japonaise à donner de nouveaux usages à des objets plus anciens. Certains petits coffrets laqués médiévaux qui appartenaient à l’origine à des nécessaires de toilette furent ainsi adoptés comme contenants à encens lorsque la culture du thé se développa.

La très petite surface du kōgō n’a jamais limité l’invention des artisans. Formes géométriques, fleurs, fruits, animaux, objets familiers : les kōgō constituent un univers extraordinairement varié, où la préciosité peut côtoyer l’humour et la fantaisie.

Natsume : la boîte à thé devenue objet de collection

Le natsume appartient lui aussi à l’univers du chanoyu. Cette petite boîte à couvercle emboîté sert à présenter le matcha, le thé vert réduit en poudre utilisé pendant la cérémonie du thé. Son nom vient de sa forme traditionnellement rapprochée du fruit du jujubier, natsume en japonais, même si de nombreuses variantes de proportions et de profils existent.

Les natsume les plus simples peuvent privilégier la beauté d’une laque unie. D’autres deviennent de véritables œuvres miniatures : maki-e d’or ou d’argent, motifs saisonniers, références poétiques, paysages, plantes et animaux se déploient sur une surface courbe qui exige du laqueur une parfaite maîtrise de la composition.

À la différence d’un suzuribako ou d’un tebako, le natsume se tient presque entièrement dans la main. Cette proximité physique participe beaucoup à son attrait : l’objet se découvre autant par le toucher et la manipulation que par le regard.

Jūbako : la boîte qui se construit en hauteur

Le jūbako appartient au domaine de la table. Il est constitué de plusieurs compartiments superposables et sert notamment à présenter et transporter des aliments.

Les jūbako sont étroitement associés aux repas de fête et en particulier à l’osechi ryōri servi pour le Nouvel An. Mais derrière une forme immédiatement fonctionnelle se cache là encore un important terrain d’expression décorative.

Certains ensembles anciens en laque noire sont enrichis de maki-e, de nacre ou de métaux précieux. L’empilement des différents niveaux permet au décor de se développer verticalement et transforme, une fois l’ensemble fermé, plusieurs boîtes indépendantes en un objet unique.

Un vocabulaire de la boîte beaucoup plus vaste

Les quelques grandes familles évoquées plus haut sont loin d’épuiser l’extraordinaire variété des boîtes et contenants japonais. Leur nom révèle souvent un usage extrêmement précis, lié à l’écriture, au vêtement, au voyage, à la nourriture, au tabac, aux objets personnels ou aux loisirs.

En voici quelques exemples, parfois devenus rares aujourd’hui :

Bentō : repas préparé et disposé dans une boîte pour être emporté et consommé ultérieurement. Historiquement lié au voyage, au travail, aux excursions ou encore au hanami, le bentō appartient pleinement à la culture japonaise du repas nomade.

Bunkobako : boîte destinée aux livres, papiers et documents. Les modèles en laque peuvent recevoir des décors particulièrement élaborés.

Hankobako : boîte destinée à conserver les hanko, les sceaux personnels utilisés au Japon pour signer et authentifier des documents.

Hasamibako : coffre portable destiné notamment aux vêtements et effets personnels, autrefois transporté à l’aide d’une perche lors des déplacements.

Himitsubako : boîte à mécanisme secret, particulièrement associée à la région de Hakone. Elle ne peut être ouverte qu’en faisant coulisser ses différentes parties dans un ordre précis.

Hokkaibako : grand contenant traditionnel notamment associé aux ensembles de coquillages utilisés pour le kai awase, jeu aristocratique consistant à réunir les deux moitiés correspondantes d’une coquille.

Inrō : petit contenant portatif en laque composé de plusieurs compartiments superposés et emboîtés, destiné notamment aux médicaments et aux sceaux. Il était porté suspendu à l’obi.

Karabitsu : coffre sur pieds d’origine ancienne destiné à conserver vêtements, objets précieux ou trésors. Les collections du Shōsō-in à Nara en conservent plusieurs exemples historiques.

Kashiki : récipient destiné à présenter les pâtisseries et douceurs japonaises. Il peut prendre des formes très diverses et être réalisé en bois ou en laque.

Kimono bako : boîte de rangement destinée aux kimonos et autres vêtements, traditionnellement réalisée notamment en bois de paulownia pour les protéger.

Kiseru bako : étui destiné à protéger le kiseru, la longue pipe japonaise. Il était fréquemment associé à un contenant pour le tabac.

Ningyō bako : boîte destinée à conserver et protéger les poupées japonaises et leurs accessoires.

Senryōbako : coffre robuste destiné au transport ou à la conservation de monnaies. Son nom évoque une somme de mille ryō, ancienne unité monétaire japonaise.

Tabako ire : contenant destiné au tabac, souvent porté avec un kiseru et son étui. Les exemplaires de l’époque d’Edo pouvaient devenir de véritables accessoires d’apparat.

Tanzakubako : boîte destinée aux tanzaku, longues bandes de papier sur lesquelles étaient notamment écrits des poèmes.

Cette liste pourrait encore être prolongée. Le vocabulaire japonais distingue une multitude de contenants adaptés à ce qu’ils doivent protéger, transporter ou présenter. Tous ne sont pas en laque, et tous ne sont pas même des « boîtes » au sens strict où nous l’entendons en français. C’est justement ce qui les rend intéressants : derrière une apparente profusion de noms se dessine une culture matérielle dans laquelle le contenant est souvent pensé avec autant de précision que ce qu’il contient.

La boîte et l’espace japonais

Pour comprendre la place prise par les boîtes dans la culture matérielle japonaise, il faut aussi regarder l’espace dans lequel elles étaient utilisées.

L’image d’un intérieur japonais presque vide, réduit aux tatamis, aux cloisons de papier et à quelques objets soigneusement choisis, est en partie une construction idéalisée, mais elle repose sur une réalité. Dans l’habitat traditionnel les pièces étaient relativement peu meublées et surtout rarement assignées à un seul usage. Une même pièce pouvait servir à recevoir, à prendre les repas ou à dormir. Le soir on déroulait les futons, le matin ils étaient rangés dans l’oshiire. Tables, coussins et objets nécessaires à une activité pouvaient de la même manière apparaître puis disparaître.

Cela ne signifie pas que les maisons japonaises contenaient peu de choses, bien au contraire. Vêtements, papiers, instruments d’écriture, accessoires de toilette, objets liés au thé ou à l’encens formaient tout un univers matériel. Mais une grande partie de ces objets était rangée, regroupée et protégée dans des meubles, des coffres et surtout une multitude de contenants spécialisés.

La boîte participe ainsi à une organisation très particulière de l’espace. Elle permet de réunir les objets nécessaires à un usage, de les protéger lorsqu’ils ne servent pas et de les faire réapparaître au moment voulu. Le suzuribako contient les instruments de l’écriture ; le tebako rassemble les effets personnels ; le kōgō conserve l’encens ; le natsume contient le thé. Chaque chose possède son contenant et chaque contenant accompagne un geste.

Dans un intérieur où relativement peu d’objets demeurent en permanence sous le regard, leur apparition prend aussi une autre importance. Une boîte en laque que l’on pose devant soi n’est pas noyée parmi une accumulation d’objets décoratifs. Sa forme, son noir profond, son décor de maki-e ou la lumière de son nashiji peuvent pleinement occuper l’espace.

Cette manière d’habiter a profondément évolué avec l’occidentalisation des intérieurs japonais et les transformations du logement contemporain. Pourtant, la culture du contenant n’a pas disparu. Des objets les plus précieux aux solutions de rangement les plus quotidiennes, le goût japonais pour les boîtes, les compartiments et les objets précisément adaptés à ce qu’ils doivent contenir reste remarquablement présent.

Des objets faits pour être manipulés

La préciosité des grandes boîtes japonaises en laque ne doit pas faire oublier leur fonction première. Suzuribako, tebako, kōgō, natsume ou jūbako ont été conçus pour contenir quelque chose, être ouverts, refermés, déplacés ou présentés, c’est peut être ce qui les rend aujourd’hui encore si présents.

Même lorsqu’une boîte ancienne est devenue objet de collection, sa forme continue de raconter l’usage pour lequel elle fut pensée. Une pierre à encre explique l’organisation d’un suzuribako ; quelques grammes de matcha déterminent les proportions d’un natsume ; une feuille de papier ou une lettre donnent au ryōshibako et au fubako leur raison d’être.

Et sur ces formes dictées par l’usage, les artisans japonais ont développé pendant des siècles un art d’une extraordinaire sophistication.

La boîte protège un objet. Mais dans les plus belles pièces en laque urushi, le contenant finit parfois par devenir plus précieux encore que ce qu’il était destiné à conserver.

Les boîtes en laque chez Atelier Ikiwa

Chez Atelier Ikiwa, je sélectionne des boîtes en laque japonaises anciennes ou contemporaines pour la qualité de leur réalisation, la beauté de leur décor et l’histoire qu’elles racontent. Natsume, kōgō, suzuribako ou boîtes précieuses témoignent, chacun à leur manière, de cette relation particulière entre usage, matière et savoir faire.

Chaque pièce est choisie individuellement, avec une même attention portée à la qualité de la laque, au travail du décor, aux techniques employées, à l’équilibre de la forme et, pour les pièces anciennes, à leur état de conservation. Au delà de leur fonction originelle, ces boîtes sont aussi des objets à contempler et à utiliser, capables de trouver naturellement leur place dans un intérieur contemporain.

Découvrir la sélection de boîtes et objets japonais en laque d’Atelier Ikiwa : les natsume; les boîtes précieuses

© Atelier Ikiwa – Laurence Corteggiani. Photographies et textes protégés. Toute reproduction interdite sans autorisation.


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